- L’éducation artistique et l’engagement de Sculi
L’éducation artistique de SculiL’éducation artistique de Sculi, de son vrai nom Ulrich Jacquot-Préaux, est avant tout une éducation autodidacte. Elle ne s’inscrit pas dans le parcours traditionnel d’une école des beaux-arts, mais dans une recherche personnelle commencée très tôt et qui, depuis, ne s’est jamais interrompue. À quatorze ans, en 1991, Sculi réalise sa première œuvre en pierre. À partir de 1992, il entreprend seul l’apprentissage de différents matériaux et techniques : pierre, bois, métal, résine, lumière et son. Son parcours artistique se construit ainsi dans l’expérimentation directe, dans l’atelier, mais également dans une observation constante du monde de l’art. Sa formation est moins celle d’une spécialisation que celle d’une exploration permanente. Sculi considère en effet que l’on ne cesse jamais d’apprendre dans l’art. Il visite régulièrement les musées, les expositions et les galeries. Il observe les œuvres, étudie les démarches des artistes et cherche à comprendre les différents courants artistiques, leurs origines, leurs évolutions et leurs manières de penser le monde. Il ne s’agit pas pour lui de reproduire ce qu’il découvre, mais d’explorer les idées qui se trouvent derrière chaque mouvement artistique afin d’en comprendre les possibilités et les limites. Cette curiosité permanente participe directement à son éducation artistique. Chaque exposition devient une occasion d’apprentissage ; chaque œuvre, une possibilité de questionnement ; chaque rencontre, une ouverture vers une nouvelle manière de penser la création. L’échange avec les autres artistes occupe également une place essentielle dans cette démarche. Sculi ne considère pas l’art comme une activité qui doit être pratiquée dans l’isolement. Il recherche volontairement la discussion, la confrontation des expériences, les regards différents et les échanges autour des œuvres. Les remarques des visiteurs et des artistes nourrissent également sa propre réflexion. Cette conception rejoint d’ailleurs sa démarche artistique : l’œuvre n’est pas seulement un objet produit par l’artiste, elle peut devenir un lieu de rencontre entre des pensées, des sensibilités et des expériences différentes. Sa propre biographie artistique décrit cette démarche comme une succession de voyages, de rencontres et de dialogues avec les œuvres, les époques et leurs auteurs. Il explique également que les observations des visiteurs constituent pour lui une source de réflexion qui vient nourrir son travail. Cette volonté de faire venir l’art à lui et de rester constamment en contact avec la création l’a conduit à franchir une étape supplémentaire : plutôt que de seulement visiter les lieux d’art et rencontrer les artistes, Sculi a créé son propre lieu de rencontre. La création de la Galerie Rendez-VousEn 2020, dans le prolongement de ses recherches sur le cosmomorphisme, Sculi crée la Galerie d’art « Rendez-Vous », pensée également comme un laboratoire de réflexion et de rencontres. La première exposition d’inauguration a lieu en 2021 avec Sculi et la peintre Pascale Abadie. Le projet évolue ensuite vers une véritable dynamique collective, avec l’accueil de nombreux artistes aux sensibilités différentes. La Galerie Rendez-Vous devient ainsi une extension naturelle de son éducation artistique. Sculi ne se contente plus d’aller chercher l’art dans les musées, les salons, les galeries et les expositions : il crée un espace permettant à l’art de venir à sa rencontre. Des peintres, sculpteurs, photographes, plasticiens et artistes issus de démarches très différentes y sont invités. La programmation comprend des expositions personnelles, collectives, en intérieur ou en extérieur, permettant de multiplier les confrontations entre les pratiques artistiques. Cette démarche correspond profondément à sa conception de l’art : apprendre en regardant, apprendre en rencontrant, apprendre en échangeant et continuer à apprendre en accueillant les autres. La galerie devient donc bien davantage qu’un lieu d’exposition. Elle constitue un espace d’expérimentation, de transmission et de circulation des idées. Elle permet à Sculi de confronter sa propre recherche à celle d’autres créateurs, mais aussi de participer à la diffusion de leurs œuvres et de leurs univers. L’association Rendez-Vous prolonge ensuite cette volonté de partage. Ses statuts prévoient notamment la possibilité pour les membres de participer bénévolement aux actions de l’association et de soutenir financièrement l’action artistique. Une conception philanthropique de l’artCette dimension de partage conduit naturellement à parler chez Sculi d’une forme de philanthropie artistique. La philanthropie de Sculi ne se résume pas au don financier. Elle s’exprime d’abord par le temps, l’espace, les moyens et l’énergie consacrés aux autres artistes et à la diffusion de la culture. Créer et faire vivre une galerie afin d’offrir à d’autres artistes la possibilité d’exposer constitue déjà une forme d’engagement philanthropique : l’artiste ne cherche pas uniquement à développer sa propre carrière, mais contribue également à créer des opportunités pour d’autres créateurs. Cette volonté apparaît concrètement dans la programmation de Rendez-Vous, qui accueille des artistes aux pratiques et aux univers très différents. La galerie affirme elle-même vouloir développer des valeurs de partage et souligne l’engagement des artistes retenus. Cet engagement dépasse également le simple cadre artistique. Certaines manifestations de Sculi ont été associées à des actions au bénéfice d’associations ou de causes locales. Une exposition à Château-Thierry a notamment été organisée avec une vente dont 100 % des recettes étaient destinées à l’association « Jeunes pousses en devenir ». D’autres événements ont également prévu des reversements au profit d’une association ou d’une cause locale. Cette dimension permet de comprendre la philanthropie de Sculi comme une philanthropie par l’art : utiliser la création, les expositions, les rencontres et les ressources disponibles pour faire circuler la culture, soutenir d’autres artistes et, lorsque cela est possible, mettre l’art au service d’actions collectives. Il existe donc une cohérence entre son parcours d’artiste et son engagement. L’homme qui s’est lui-même formé en allant chercher continuellement les connaissances dans les œuvres, les artistes et les différentes cultures artistiques cherche à son tour à créer les conditions permettant à d’autres de transmettre et de partager. Une éducation artistique qui ne s’arrête jamaisL’éducation artistique de Sculi ne peut donc pas être réduite à une période de formation située au début de sa carrière. Elle constitue une démarche permanente. Il apprend dans son atelier, mais aussi dans les musées. Il apprend dans les galeries, mais également dans les expositions. Il apprend des grands courants artistiques, mais aussi des artistes contemporains qu’il rencontre. Il apprend de ses propres expérimentations, mais accepte également que le regard des autres puisse remettre en question ses certitudes. Cette attitude explique en partie l’évolution très importante de son travail au fil des décennies. Après la pierre, le bois et le métal, son exploration s’étend à la résine, à la lumière, à la pigmentation, puis à des recherches de plus en plus conceptuelles et expérimentales. Sa biographie mentionne notamment le passage à une démarche conceptuelle à partir de 1997, le développement du concept d’« installation invisible » en 2002, puis l’approfondissement de ses recherches philosophiques et plastiques au cours des années suivantes. Son éducation artistique est donc indissociable de sa curiosité. Sculi ne considère pas qu’il est arrivé au terme de son apprentissage. Il considère au contraire que chaque rencontre, chaque exposition, chaque œuvre observée, chaque artiste rencontré et chaque échange peut ouvrir une nouvelle question. C’est peut-être cette idée qui résume le mieux son parcours : après avoir appris par lui-même, il a choisi de créer un environnement dans lequel il puisse continuer à apprendre des autres — tout en donnant à son tour aux autres artistes un espace pour être vus, entendus et rencontrés. La Galerie Rendez-Vous apparaît ainsi comme le prolongement naturel de son éducation artistique : un lieu où l’art ne se contente pas d’être exposé, mais où il circule, se confronte, se transmet et continue de produire de nouvelles idées. - Sommaire - - Manifeste du cosmomorphisme
De la continuité du monde à la métamorphose de l'œuvre
Le Cosmomorphisme trouve son origine dans une idée ancienne : l'être n'est pas séparé du monde. Il appartient à un ensemble de relations, de formes et de forces qui le traversent et qu'il transforme à son tour.
Le Cosmomorphisme artistique transpose cette conception dans le champ de la création.
L'œuvre n'est plus envisagée comme une forme isolée, achevée et enfermée dans ses propres limites. Elle devient un territoire de rencontres et de transformations.Dans ma pratique, la sculpture constitue souvent le premier état de cette réalité.Mais elle n'est pas nécessairement son état définitif.
Une autre œuvre peut venir à sa rencontre. Une intervention picturale peut modifier sa perception. Une image peut pénétrer sa surface. La lumière peut dessiner sur elle une nouvelle forme. Une projection peut révéler ce qui n'existait jusque-là qu'à l'état latent.
Ces interventions ne sont pas des ornements ajoutés à une œuvre préexistante.Elles deviennent l'œuvre.
Le Cosmomorphisme ne consiste donc pas à juxtaposer la sculpture, la peinture, le dessin, l'image ou la lumière. Il cherche à provoquer leur métamorphose réciproque.
Chaque forme agit sur l'autre.
Chaque œuvre peut en contenir une autre.
Et de leur rencontre apparaît une réalité qui n'appartenait entièrement à aucune d'elles.
C'est en cela que le Cosmomorphisme se distingue d'une simple association de disciplines ou de techniques mixtes. Il ne cherche pas l'accumulation, mais la transformation.
La sculpture cesse alors d'être uniquement un volume dans l'espace. Elle devient support, territoire, matière de transformation et espace d'apparition.
La lumière elle-même cesse d'être seulement ce qui permet de voir l'œuvre : elle peut devenir dessin.
L'image cesse d'être seulement représentation : elle peut devenir matière. La matière cesse d'être une limite : elle devient passage. Ainsi, le Cosmomorphisme repose sur une continuité fondamentale entre les formes.
De même que le sens originel du cosmomorphisme refuse une séparation absolue entre l'être et le monde, le Cosmomorphisme artistique refuse de considérer les différentes réalités de l'œuvre comme indépendantes les unes des autres.
Tout peut agir sur tout. L'œuvre devient alors un monde en elle-même : non pas un monde immobile, mais un système de relations dans lequel formes, matières, images et lumières existent les unes par les autres. Le Cosmomorphisme ne cherche donc pas à représenter le cosmos. Il cherche à en retrouver le principe : la relation. Un univers où les formes apparaissent, se rencontrent, se transforment et donnent naissance à d'autres formes. L'œuvre cosmomorphique n'est jamais seulement ce qu'elle montre. Elle contient la possibilité de devenir autre. SCULI Le Cosmomorphisme : faire de l'œuvre un monde de transformations. - Sommaire -
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